Dans certaines régions du monde, appelées zones bleues, les habitants vivent très longtemps en bonne santé, parfois plus de 100 ans.
Ces zones se trouvent à Okinawa au Japon, en Sardaigne en Italie, à Nicoya au Costa Rica, à Ikaria en Grèce et à Loma Linda aux États-Unis.
Pourquoi vivent-ils si longtemps ?
Leur alimentation est simple : légumes, fruits, légumineuses, très peu de viande. Leur activité est quotidienne et pleine de sens : marcher pour aller voir un voisin, cultiver le jardin, aider la famille, travailler aux champs.
Il y a aussi la solidarité : les gens s’entraident, mangent ensemble et prennent soin des plus âgés. Cela crée du bonheur et réduit le stress.
Les zones bleues nous montrent que la longévité vient du mode de vie : bien manger, bouger, vivre ensemble et garder une activité utile. La bonne santé n’est pas qu’une question scientifique.
Dans Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas donne chair à une figure devenue universelle : Edmond Dantès, jeune marin sacrifié aux jalousies et aux calculs des hommes, emprisonné à tort et résolu, après son évasion, à se venger patiemment de ceux qui ont brisé sa liberté et sa jeunesse.
Ce héros romantique, tout à la fois victime et bourreau, nous adresse une question intemporelle : que reste-t-il au citoyen lorsque la justice faillit, s’avère incapable de remplir sa fonction ?
En France, ce sujet ne relève pas seulement de la littérature. Chaque année, des millions de plaintes s’éteignent dans le silence administratif. Pareil constat est chiffré : 3,5 millions de plaintes déposées, dont 2,7 millions classées sans suite – faute d’enquêteurs, de moyens ou de preuves exploitables. À Suresnes, par exemple, 8 000 plaintes attendent pour dix enquêteurs, soit 800 dossiers par personne. En Seine-Saint-Denis, chaque enquêteur jongle avec jusqu’à 550 affaires simultanément. Dans un tel paysage, certains perdent patience.
Quand l’État s’efface, la justice se privatise
Les récits collectés par le journaliste Pierre Rancé sont autant de chroniques d’un désespoir :
Une famille victime d’incendies criminels, ignorée par la police malgré des preuves, organise une expédition punitive… et se retrouve en détention provisoire, tandis que le suspect initial demeure libre.
Un homme, brisé par une erreur médicale, déçu par six ans de procédure pour une indemnisation dérisoire, engage des hommes de main pour écraser son agresseur.
Ces histoires illustrent, parmi tant d’autres, un basculement : lorsque l’institution échoue, certains citoyens s’arrogent le droit de juger et d’exécuter leur propre sentence.
Les formes de l’auto-justice
Elles sont multiples ; on peut en retenir au moins trois.
1. La justice physique
Expéditions punitives, agressions de voleurs pris sur le fait, règlements de comptes. C’est la face la plus visible — et la plus risquée — du phénomène, sanctionnée avec sévérité par les tribunaux.
2. La justice “professionnelle”
Personnes privées mandatées pour expulser des squatteurs ou récupérer des loyers impayés, parfois en dehors des procédures légales. Un marché parallèle, nourri par l’explosion du contentieux locatif et la lenteur des procédures.
3. Le vigilantisme numérique
C’est peut-être l’extension contemporaine du phénomène la plus remarquable. Les citoyens n’hésitent plus à intervenir sous différentes formes :
Naming : dénoncer publiquement des comportements inciviques (ex. : “Passengers Shaming”, les hôtesses de l’air affichent les passagers manquant d’éducation).
Enquêtes collaboratives avec les autorités : identification d’un suspect par les internautes.
Traque punitive : des collectifs comme la Team Moore piègent des pédophiles en ligne via de faux profils d’enfants, récoltent des preuves, les transmettent à la justice… ou les confrontent devant la caméra.
La ligne rouge : coopération ou interférence ?
La Team Moore, créée en 2019, revendique des dizaines de condamnations dans le monde. Si certains policiers reconnaissent l’utilité d’informations transmises par ces collectifs, cette collaboration officieuse se heurte à des risques majeurs, parmi lesquels on peut relever :
L’interférence avec des enquêtes en cours.
L’erreur de cible : un innocent livré à la vindicte publique.
Détention de matériel pédopornographique : même à des fins de preuve, la possession de tels documents reste pénalement sanctionnée.
Le développement de l’auto-justice, parce qu’il interroge l’aptitude de l’Etat à protéger les citoyens, comporte également une dimension de philosophie politique qui ne peut être ignorée.
Une lecture hobbesienne de l’auto-justice
Philosophe anglais du XVIIᵉ siècle, Thomas Hobbes est l’un des grands penseurs de la genèse de l’État moderne. Dans son Leviathan (1651), il théorise le contrat social : pour échapper à la loi du plus fort, à l’état de nature où la vie est brutale et brève, l’homme abandonne le droit naturel de se faire justice lui-même et le confie à un souverain chargé d’assurer paix et sécurité : l’Etat.
Frontispice du Léviathan de Thomas Hobbes (1651), gravé par Abraham Bosse : le souverain, formé par l’assemblage des citoyens, incarne l’État moderne et son autorité suprême.
Trois siècles plus tard, Max Weber reprendra cette idée en définissant l’État comme l’institution qui détient le “monopole de la violence légitime”.
Mais si l’État faillit durablement à assurer cette protection, le contrat social se fissure. Les citoyens peuvent alors, selon une lecture radicale, retrouver le droit originel de se défendre — ou de punir.
Conclusion
Qu’elle prenne la forme d’une expédition punitive, d’une enquête en ligne ou d’un collectif structuré, l’auto-justice révèle une double fracture : une fracture institutionnelle, face à des moyens insuffisants, et une fracture morale, face à un État perçu comme absent ou impuissant.
La question demeure : faut-il encadrer certaines initiatives citoyennes, quitte à leur reconnaître un rôle complémentaire, ou les interdire strictement au nom de la préservation de l’État de droit ? Car comme le suggère l’ombre d’Edmond Dantès, lorsque la justice n’agit plus, lorsque l’Etat faillit dans ses missions élémentaires, c’est la vengeance qui parle.
Sources
Auto-justice : quand les citoyens veulent remplacer la police – France Info (vidéo) Regarder sur YouTube
Autojustice : enquête sur ces Français qui se font justice eux‑mêmes – Actu‑Juridique, par Raphaël Costa (20 mars 2025) Lire l’article
Autojustice : les Français de plus en plus nombreux à se faire justice eux-mêmes ! – Sud Radio (vidéo) Regarder sur YouTube